Tarmac

Comme le fait très justement remarquer Cédric Klapisch dans Les Poupées russes par la voix de Xavier : « Une histoire d’amour, c’est avant tout une histoire. » Et c’est exactement l’impression qui se dégage quand on referme le dernier roman de Nicolas Dickner.

C’était au cours d’une conférence à Saint Malo dont le thème était « La fin du monde » et où j’accompagnais Dmitry Glukhovsky que j’ai découvert ce livre étrange, drôle et tendre ainsi que de son auteur qui était également présent sur le plateau des invités. Point ici de guerre nucléaire globale, même si Hope, l’une des deux principaux protagonistes du livre, évoque les évolutions de l’arsenal nucléaire et ses capacités de destruction depuis Hiroshima, dans les premières pages du roman.

Mais peut-être devrais-je commencer par le commencement. Hope Randall est le dernier rejeton d’une famille dont chaque membre (depuis sept génération, semblerait-il) reçoit en vision la date et la cause exactes de la fin du monde. Est-il besoin de préciser qu’il y a autant de dates et autant de causes que de membres de cette étrange famille ? Été 1989, Hope et sa mère viennent d’échouer dans une petite bourgade québécoise alors que leur Lada a rendu l’âme. La relation mère-fille est difficile car la première est obsédée par la fin du monde prochaine (elle doit avoir lieu en été 1989) et la seconde fait figure de vilain petit canard car elle n’a toujours pas reçu sa révélation de la fin du monde. Mickey, lui, vient d’une famille où on produit du béton et du ciment depuis des générations. Et s’il n’y prend pas garde, il risque, lui aussi, de devoir apporter sa pierre à l’édifice entrepreneurial familial.

C’est sur cette toile de fond – qui va évoluer au cours de la narration – que vont se rencontrer les deux protagonistes principaux de ce roman écrit avec beaucoup de finesse, de tendresse et d’humour. Dans un style fluide à l’extrême (donc extrêmement travaillé) Nicolas Dickner nous fait partager des épisodes de la vie de ces deux adolescents au bord du gouffre de l’âge adulte. Mais cette histoire ne serait qu’un roman d’apprentissage de plus, sans l’irruption subtile du fantastique (qui pend ici la forme d’une date de péremption d’un paquet de nouilles japonaises). Là, on bascule dans quelque chose d’autre, digne de Yoko Ogawa ou de Haruki Murakami tant la frontière entre réel et fantastique est brumeuse et tenue.

Il ne faut pas que je me laisse emporter, car je risquerais de trop en dire et gâcher la surprise. Pour la fine bouche, je me permets de recopier le premier paragraphe de ce petit bijou de littérature. Et après la lecture de ces quelques lignes, j’en suis certain, vous allez bondir de votre fauteuil et vous ruer chez votre libraire favori pour vous procurer la suite.

Août 1989. Ronald Regan avait quitté la Maison-Blanche, la guerre froide tirait à sa fin et la piscine municipale extérieure était (encore une fois) fermée. Cause de la contrariété : un bris de tuyaux.

novembre 2, 2010

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